


En tant que guide de haute montagne, je me déclare attaché(e) à
un alpinisme porteur de sens, d’ambitions nobles et de valeurs humanistes, au
premier rang desquelles le respect des droits de l’Homme et des populations
autochtones.
Je m’oppose résolument à toute ascension, où que ce soit dans le monde, dont l’esprit, les motivations politiques ou commerciales ou les conditions de déroulement contreviendraient à ces principes éthiques.
Ainsi :
je considère que le projet de la République populaire de Chine de hisser la flamme olympique au sommet de l’Everest est particulièrement inopportun, singulièrement blessant pour la population tibétaine et foncièrement avilissant pour l’himalayisme en général et pour l’Everest en particulier.
En conséquence, je demande à l’ensemble de mes confrères guides et aux alpinistes de tous pays de ne participer en aucune façon à faciliter la réalisation de ce projet.
Au nom d’une réelle éthique de l’alpinisme qui ne saurait s’accommoder de telles compromissions, j’appelle également les instances nationales et internationales de la montagne, syndicats professionnels nationaux et UIAGM, ainsi que l’ensemble des clubs alpins nationaux à se déclarer également officiellement contre cette opération et à n’y collaborer en aucune manière.
Nous avons décidé avec quelques confrères d’initier un mouvement de
protestation des guides contre l’opération de hissage de la flamme olympique à
l’Everest.
Nous demandons à ceux qui adhèrent au texte
ci-joint de le diffuser largement auprès des confrères et à nous le
renvoyer complété et signé sous la forme à leur convenance (e-mail, PDF joint ou
courrier papier) aux adresses suivantes :
Nous nous chargerons alors d’adresser copie de leur courrier (ou un message collectif) aux différents interlocuteurs concernés (SNGM, UIAGM, etc).
Nous préparons également la même initiative dans plusieurs pays
européens et nous recherchons des traducteurs parfaitement bilingues en anglais,
allemand, italien et espagnol ainsi qu’un correspondant dans chaque pays prêt à
récupérer les courriels et courriers et à les réadresser ensuite à ses instances
nationales comme nous allons le faire en France.
N’hésitez pas à vous
manifester si vous êtes prêts à participer vous-mêmes ou à nous faire bénéficier
de vos contacts.
Yannick Vallençant
Christian Ravier
À lire sur le sujet cet article sur “Le Monde.fr”


Un jour de mai 2008, trois mois avant l'ouverture des Jeux de Pékin, un alpiniste chinois doit brandir la flamme olympique au sommet de l'Everest, à 8 848 mètres d'altitude. Grâce aux équipes de la CCTV, ce temps fort du compte à rebours des JO 2008 pourra être retransmis en direct dans le monde entier.
Pékin ne laissera rien au hasard pour que la réussite soit complète et que le symbole ait toute la portée voulue. Selon le plan approuvé par le CIO, ce "défi aux capacités humaines, sommées en quelque sorte d'atteindre de nouveaux sommets de courage et d'endurance" permettra de "transmettre un message de paix et d'amitié et partager la joie et la passion des Jeux avec le monde entier". Le monde verra donc la torche olympique briller sur Qomolangma, le sommet de la Chine et du monde. Après avoir "mis en valeur les paysages du Tibet", la torche poursuivra son "itinéraire de la concorde", portée par près de 22 000 volontaires à travers une centaine de villes chinoises, pour atteindre Pékin le 8 août, jour de la cérémonie d'ouverture.A première vue, c'est limpide comme l'air des hautes altitudes. Mais quand on y regarde de plus près, le projet se révèle à la fois complexe et pas aussi désintéressé que l'idéal olympique.
Le premier obstacle est d'ordre physique. Au sommet de l'Everest, la pression atmosphérique est trois fois plus faible qu'au niveau de la mer, une flamme s'essouffle aussi sûrement qu'un homme. Les techniciens de China Aerospace ont donc imaginé de placer la torche sous "assistance respiratoire". De même que les alpinistes chargés de la porter sur le Toit du monde utiliseront de l'oxygène en bouteille, la flamme olympique sera alimentée par un mélange de propane et d'oxygène. Mais comme ce brûleur produirait la même flamme bleue et peu photogénique qu'un réchaud à gaz, une deuxième rasade d'oxygène sera "vaporisée" dessus pour produire une belle lumière jaune. Après essais, le Comité d'organisation assure que la torche pourra résister à des vents de 65 km/h - un seuil souvent franchi sur les pentes supérieures de l'Everest...
Une fois réglée la question de l'outil, reste un petit casse-tête logique. Le capitaine Wang Yongfeng, chef de l'équipe des alpinistes, a annoncé que le relais "commencerait à 8 300 mètres d'altitude". Comment l'ascension peut-elle "démarrer" à une altitude où aucun hélicoptère n'est capable de se poser ? La solution est un petit tour de passe-passe : après avoir été allumée à Olympie, la flamme va se dédoubler à son arrivée à Pékin, le 31 mars. Une première torche partira pour un tour du monde d'un mois, tandis que son clone gagnera le camp de base de l'Everest puis se mettra en position au dernier camp, à 8 300 m. Une fois la flamme de retour en Chine, le 4 mai, le relais pourra s'arrêter à tout instant pour ouvrir la parenthèse himalayenne. Le jour J, quand les conditions météo seront bonnes, les caméras de CCTV suivront en direct l'ascension vers le Toit du monde, puis sa descente jusqu'à Lhassa, où la torche numéro 2 attendra le passage de la torche numéro 1.
L'ascension du Toit du monde n'est certes plus l'aventure qu'elle resta pendant le premier quart de siècle suivant la victoire de Tenzing et Hillary. Mais elle reste aléatoire. Pour assurer le succès, les organisateurs ont un atout : la logistique. Depuis une quinzaine d'années, le versant chinois de l'Everest est "occupé" chaque printemps par des expéditions commerciales qui sécurisent la montagne avec l'aide de sherpas venus du Népal et, de plus en plus, du Tibet.
Cette mécanique est bien rôdée : installées dans des camps de base tout confort, commandant leurs légumes frais par téléphone portable dans la ville tibétaine voisine, ces expéditions emmènent jusqu'à 80 % de leurs clients au sommet. Plus de 600 alpinistes ont réussi l'Everest en 2007.


Manifestation à San Francisco, en Californie. Les
autorités chinoises répètent que la flamme olympique passera bien au Tibet et
sera hissée jusqu'au sommet de l'Everest malgré les troubles actuels dans la
région. /Photo prise le 20 mars 2008/REUTERS/Robert Galbraith (c)
Reuters
Cet automne, le guide néo-zélandais RUSSEL BRICE, l'un des plus expérimentés des tour-opérateurs du Toit du monde, est passé à Pékin pour régler l'organisation de cette saison particulière. Comme chaque année, il dépensera 30 000 dollars pour que son équipe de 30 sherpas équipe la montagne, de la base jusqu'au dernier mètre, d'une ligne de vie ininterrompue : 10 km de cordes fixes. A Pékin, il a obtenu l'autorisation de rester présent à l'Everest ce printemps. Il collaborera avec les 80 alpinistes chinois du team olympique pour équiper la montagne, puis une fois l'opération flamme achevée, le business reprendra comme d'habitude, chaque client des autres expéditions acquittant un "péage" de 100 dollars pour l'utilisation des cordes fixes.
Au pied de l'Everest, il y aura des tonnes de matériel de diffusion acheminées par camion, des antennes géantes pour le réseau de China Mobile, un radar, un ballon pour les prévisions météo... Les 100 km de piste menant au camp de base ont été transformées en quatre mois en une route moderne. Tout est prêt pour le show, en direct... ou presque. Les téléspectateurs chinois verront, comme d'habitude, les images en très léger différé : quelques secondes, le temps d'intervenir en cas d'imprévu.
Une répétition générale de l'opération Everest a été organisée en secret au printemps 2007. Avec succès, à un détail près. Le 25 avril, trois jeunes militants américains de Students for a Free Tibet ont déployé au camp de base une banderole détournant le slogan olympique : "One world, one dream, free Tibet". L'un d'eux, portant sur son tee-shirt orange "Non à la flamme au Tibet", a allumé une "torche de la liberté" et entonné l'hymne national tibétain. La date n'avait pas été choisie au hasard. Le 25 avril était le jour du 18e anniversaire du panchen lama, le second plus haut dignitaire du bouddhisme tibétain, détenu depuis l'âge de 6 ans. "Le gouvernement chinois espère utiliser les Jeux pour dissimuler la brutalité de son occupation du Tibet et se faire accepter sur la scène internationale comme un pouvoir moderne, expliquent les militants sur leur site Internet. Le mont Everest n'est pas en Chine, il est au Tibet, tout près de l'endroit où des garde-frontières chinois ont tiré sur des réfugiés tibétains en septembre dernier" (une jeune femme avait été tuée). Les militants ont été arrêtés, puis expulsés. Après avoir récidivé cet été en déployant une banderole sur la Grande Muraille, les militants ont promis de ne pas en rester là : "La Chine peut s'attendre à des protestations de même nature avant et pendant les jeux."
Pékin est prêt à tout pour diffuser des images de "concorde" lors des "jeux du peuple". Le cyberdissident Jing Chu avait écrit des articles contre la tenue à Pékin des "Jeux olympiques menottés, qui n'apporteront que du malheur à la population". Il a été arrêté le 20 décembre 2007 pour "subversion du pouvoir de l'Etat" et risque plusieurs années de prison.
Petit rappel pour ceux qui seraient tentés de voir dans cette affaire un dévoiement des idéaux olympiques : le logo des cinq anneaux de couleur, dessiné par Pierre de Coubertin, fut popularisé en 1936 lors des JO de Berlin. Le premier relais de la flamme olympique eut lieu cette année-là, et fut un triomphe de la propagande nazie.

Une équipe chinoise prévoit d'acheminer début mai la flamme olympique jusqu'au sommet de l'Everest (8.848 mètres) -- chaîne de montagnes à cheval sur le Népal et le Tibet chinois. Le versant nord sera fermé aux expéditions privées. "Quatre soldats vont être déployés au camp de base de l'Everest, et quatre autres au camp numéro deux", a expliqué un responsable ayant requis l'anonymat. Les soldats "surveilleront les expéditions d'alpinistes pour qu'aucune manifestation anti-chinoise ne puisse avoir lieu" a dit ce responsable. Les caméras vont en outre être interdites de la zone. Sur le versant sud, outre les soldats, aucun alpiniste ne sera autorisé à rester au dessus du camp numéro deux (sur les quatre) du 1er au 10 mai pendant que l'équipe chinoise grimpera, ont précisé des responsables. Le Népal qui reconnaît la souveraineté de la Chine sur le Tibet, abrite une communauté d'environ 20.000 Tibétains. Et le royaume hindouiste enclavé entre la Chine et l'Inde veut empêcher toute protestation anti-chinoise, alors que la capitale népalaise est le théâtre de manifestations quotidiennes de réfugiés tibétains depuis qu'ont éclaté le 10 mars les troubles au Tibet. Ces dispositions ont été bien accueillies par les sherpas et les organisateurs d'expéditions qui craignaient une interdiction totale, le mois de mai étant la saison la plus favorable pour les alpinistes.

Pour hisser la flamme olympique,
les Chinois vont bénéficier de cette logistique et devront régler d'autres
problèmes : aucune combustion naturelle n'étant possible à cette altitude, il
leur faut en effet créer une torche spéciale sous cloche utilisant différents
mélanges gazeux avec apport interne d'oxygène.
On peut légitimement
s'interroger sur l'impact d'une telle opération, menée dans l'indifférence de la
communauté internationale vis-à-vis du peuple tibétain et de sa culture. Que la
montagne soit ainsi artificialisée, banalisée, outragée, me choque profondément.
Mais que des montagnards –de surcroît guides–, se prêtent à ce jeu,
m'interpelle. Par notre silence, nous, membres de la communauté montagnarde,
contribuons à l'ouverture d'une ère du clinquant pour nos activités –une ère où
l'artifice et l'argent, bien loin des fondamentaux de l'alpinisme,
prédomineront.
Est-ce l'avenir que nous voulons nous réserver ?"
Bernard Mudry,
Président de la Fédération française des
clubs alpins et de montagne